L'album permet également de mesurer toute l'intégrité de jeu d'Éric Prost. Au ténor comme au soprano, le saxophoniste livre une prestation remarquable, habitée par une ferveur qui rappelle les grands disciples de Coltrane sans jamais sombrer dans l'imitation. Ravi Coltrane lui même ne voulant pas "calquer son père". Son jeu incandescent trouve un écrin idéal auprès d'Emmanuel Borghi au piano toujours aux aguets du phrasé de Mc Coy Tyner, et d'Emmanuel Grimonprez à la contrebasse (on se souvient des différents contrebassistes de Coltrane : Steve Davis, Billy Eckstine,, Paul Chambers, Jimmy Garrison, Donald Garrett. Ensemble, ils construisent une musique en perpétuel mouvement, dense et en symbiose quasi mystique.
My Favorite Things : pierre angulaire du début des années 1960.
I Want To Talk About You : À l’origine, “I Want To Talk About You” est une chanson pop/jazz écrite dans les années 1940 dont Coltrane reinvente son intériorité Dans les mains de Coltrane, elle devient autre chose : un terrain d’improvisation lente, profonde, centrée sur le saxophone ténor.
Transition : période charnière retrouve sa force tant redoutée.
Equinox : sombre, intérieur et hypnotique.
Impressions : l'un des grands véhicules d'improvisation du quartet classique.
Crescent : méditatif et spirituel.
Au centre de ce volcan musical, Christian Vander demeure le moteur et le guide, comme si l'ombre bienveillante d'Elvin Jones accompagnait chacun de ses pas. Sa batterie propulse le groupe avec une intensité rare, tout en restant entièrement au service de la musique. Chacun apporte l'architecture à l'édifice.
Certes, l'enregistrement présente quelques imperfections et certaines pièces apparaissent écourtées. Mais ces détails s'effacent rapidement face à l'intensité qui traverse ces soixante-dix minutes de musique. Plus de vingt ans après leur captation, elles conservent une force intacte et témoignent d'un groupe littéralement en état de grâce.
Il convient de saluer le travail éditorial du label ACEL et de Jean-Jacques Leca. La pochette, qui fait subtilement écho à l'esthétique du légendaire label Impulse! et à l'album Crescent de Coltrane, prolonge avec intelligence l'esprit de cette publication indispensable à tous ceux qui souhaitent comprendre la dimension jazz de l'univers de Christian Vander. Espérons que ce disque franchira les frontières et se fera entendre pas les proches de Coltrane, je serai curieux de savoir ce qu'en pense Dave Liebman ou Ravi Coltrane.
Notons que la pochette a été réalisé par Georges Piganau, fan devant l'éternel, il a rendu hommage à la charte graphique de Impulse.
Thierry Moreau

Billy Eckstine contrebassiste ? Je ne connais que le crooner ! Mais à ma connaissance le seul crooner avec lequel Coltrane ait collaboré en leader est Johnny Hartmann.
RépondreSupprimerMerci Memo pour cette critique qui rend fidèlement hommage à ce témoignage exceptionnel de 2002. Eric Prost y est incandescent !
RépondreSupprimerMon cher Jeepee cette chronique est due à la plume de Thierry Moreau....
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