jeudi 19 octobre 2023

Pleyel

Pour les 50 ans de son album phare, Magma s’offre, en ces 7 et 8 octobre, le prestige et la solennité de la salle Pleyel.

Il fallait bien ça pour célébrer une œuvre majeure qui, au fil de ces 5 décennies, n’aura jamais cessé d’évoluer et de se transformer au gré des époques et des formations.

L’option retenue est de présenter MDK sous 2 versions différentes sur une même soirée : d’abord en version acoustique, puis en « grande formation » avec le renfort d’une section de cuivres. Deux faces d’une même pièce, afin de donner à entendre des choses différentes d’une même œuvre, et montrer qu’elle peut aussi exister dans sa simple expression vocale, soutenue par les pianos conjoints de Christian et Simon.

Le spectacle commence avec un texte récité. C'est Hervé, depuis les coulisses, qui nous parle de la genèse de Mekanik : une histoire de Ré tournant de façon obsessionnelle, bien illustrée par les grondements sourds du piano. Ensuite c’est à Christian d’entrer et d’entamer une déclamation en kobaien (les paroles de MDK venant d' une pré-version de 1973) accompagnée par le piano de Simon.

Hervé prend la relève, également en kobaien, puis les chanteurs font leur entrée les uns après les autres et vont se placer sur leurs praticables : une disposition nouvelle des choristes, qui d’ailleurs met Isabelle plus en avant.

Comme lors de l’Aküstïik Wokaahl en mai au Triton, Thierry Eliez quitte ses claviers et vient rejoindre le chœur.

On entre donc en douceur dans l’ambiance avec cette version épurée, mélodique et presque sage. C’est un pari risqué que de jouer cette carte là dans une salle aussi grande. On se prendrait à rêver d’une 3e voix au pupitre masculin pour compléter de façon parfaitement équilibrée le pool féminin dont les moyens ne sont plus à démontrer. (soyons fous : pourquoi pas Klaus, afin de boucler la boucle en ces soirées exceptionnelles?) Néanmoins, les harmoniques sont là, l’éclairage musical souhaité pour cette variante se démarque de la version habituelle, y compris de celle qui sera jouée plus tard dans la soirée. Nous avons droit également à une jolie surprise avec un solo inédit de Christian, aux évocations clairement coltraniennes et d’une sincérité touchante : le chant de Christian semble tourner autours d’une rémanence d'Afro Blue, puis s’en échapper.

Cette première partie s’achève en beauté sur The Night We Died, là aussi tout en musicalité . On ne peut qu’être saisi par la poésie de ce morceau, qui se prête décidément bien à l’exercice du concert acoustique. Et c’est Stella qui pose le mot de la fin du 1er round en annonçant un entracte de 20 minutes avant « le retour de Mékanik .. avec toute la mécanique ! »

Les 20 minutes passées, le rideau s’ouvre donc sur la formation complète, batterie en majesté, flanquée comme toujours de Rudy et Jimmy, et surmontée du sigle projeté en fond de scène. Ça en jette !

Après la sobriété presque austère de la 1er mi-temps, la scène retrouve des couleurs avec des éclairages très réussis : on peut voir distinctement tout le monde, quelque soit le placement, et c’est bien agréable. On y retrouve les classiques spots rouges et bleus mais la palette s’enrichit de nouvelles tonalités qui mettent bien en valeur l’ensemble des musiciens.

Pour re-situer Mékanik dans son contexte, le set commence avec Theusz Hamtaahk, puis Wurdah Itah : la trilogie en version courte, telle qu’elle avait été recréée pour la tournée 2020. On retrouve Christian aux baguette en très grande forme, entraînant avec lui sa troupe en un foisonnement épique. Très réactif, le public s’agite aux premières notes de MDK. La mélopée de Stella à laquelle succède le texte déclamé par Hervé et l’attaque hautement reconnaissable de la rythmique s’accompagnent de ses clameurs.

Il scandera les transitions entre les différents passages d’acclamations et d’applaudissements nourris : clairement, l’œuvre est toujours aussi populaire chez les fans ! Les 5 soufflants entrent enfin, dûment vêtus de T-shirts siglés … couleur cuivre, et viennent s’installer sur une estrade derrière la batterie. L’arrangement inédit se glisse parfaitement dans le morceau. Même si , là aussi, on aurait envie de les entendre un peu plus distinctement parfois, on apprécie la force expressive qu’ils amènent, ronde et éclatante.

Le morceau se déroule sans accrocs et avec ferveur, dans cette impression d’être dans un univers familier mais relevé de touches inédites réjouissantes. (Ni tout à fait la même Ni tout à fait un autre, comme aurait dit le poète). On retrouve une orchestration proche de ce que l’on avait pu entendre lors de l’excellent concert de St Nazaire en mai de cette année, (à l’exception du final), une belle synergie de tous les instruments, des envolées de guitare de Rudy à la basse vibrante de Jimmy, sans compter les claviers de Thierry et de Simon qui affrontent vents et marées pour déployer rythmes et accords. Après la montée en puissance qui fait la part belle à la fougue et à la vocalité de Laura, le calme revient pour un instant avec le solo de Christian, bien différent de celui de la 1er partie. Un point commun néanmoins : un chant venu des tréfonds de l’être, et qui m’évoque une envolée free jazz, peut-être aussi à cause des doigts jouant sur le micro comme sur un saxophone – un geste que tous ceux qui ont vu Christian en scène connaissent bien. La fin du solo renoue avec le retour de l’ensemble, vigoureux, s’acheminant vers le final.

Tout à son enthousiasme, le public se lève et anticipe d’ailleurs celui-ci . Il faudra attendre qu’il accepte de se rasseoir et de se calmer pour que le groupe puisse réaliser pleinement le final, avec le concours tonitruant des cuivres.

Après les saluts d’usage, le groupe revient et laisse s’élever quelques accords limpides : d’abord incrédules puis franchement ravis, on reconnaît La Dawotsin ! Quelle joie d’entendre en live ce morceau qui aura finalement été peu joué sur scène . Un choix cohérent par rapport à l’époque et au format, mais surtout un très beau cadeau que nous offre Magma avec ce bis. Pour l’occasion le morceau s’habille d’une nouvelle harmonisation pour accueillir toutes les voix mais la place centrale revient toujours à Christian. On y retrouve une émotion et une fraîcheur qui nous vont droit au cœur, cerise délicieuse sur un gâteau déjà savoureux. La surprise aura été un peu éventée pour les spectateurs du dimanche, ceux du samedi n’ayant pu s’empêcher de partager l’évènement sur les réseaux sociaux, mais personne je pense n’aura boudé son plaisir.

C’est par longue standing ovation que se clôt de concert, avec les saluts souriants du groupe et une pirouette de Christian. La foule, parmi laquelle on aura pu apercevoir quelques figures historiques comme Klaus ou Jannik) se déverse dans le hall de la salle : chacun échange ses impressions à chaud, le stand de merchandising fait le plein, celui ci proposant quelques goodies inédit en plus du stock classique et bien sur du fameux coffret anniversaire.

A n’en pas douter ces concerts auront atteint leur objectif et resteront longtemps dans la mémoire des chanceux qui ont pu y assister !

Article : Eurydice Anahë
Photos : Aredurno & Pierre De Ramefort.


PS : Aredurno : Lors du concert de Marly du 27 mai dernier, j'ai eu le privilège de discuter avec Christian pendant la balance et, entre autres, lors de cet échange, je n'ai pu m'empêcher de discuter avec lui d'un thème que j'apprécie tout particulièrement, à savoir La Dawotsïn. Titre qu'il a créé en souvenir de chargements et de coupes de bois de chauffage avec son grand-père dans sa petite enfance dans, déjà, la Haute-Marne. J'ai toujours eu le sentiment que ce titre à la mélodie si belle, limpide, prenante et arrachant des larmes de bonheur, n'était que le début d'une œuvre plus longue et complexe (à noter aussi que, comme Christian le jouait lors des séances studio de MDK, il participe à la controverse de la création de Tubular Bells. Mais c'est une autre histoire...). Christian m'a clairement indiqué que non, mais après tout, peut être un jour prochain reviendra-t-il sur cette affirmation pour nous offrir un La Dawotsïn plus étoffé et plus long...  En tout cas, à l'écoute de cette divine surprise de ce rappel, je n'ai pu m'empêcher d'imaginer que, peut être, notre conversation, lui aura donné l'envie de ce rappel pour ces concerts... Bon, ce n'est sans doute qu'un doux rêve personnel, mais après tout, Magma nous faisant rêver depuis si longtemps, pourquoi s'en empêcher ?





5 commentaires:

  1. Compte rendu très fidèle. Soirée inoubliable effectivement. Les cuivres étaient un peu étouffés par le reste de la "mécanique".

    RépondreSupprimer
  2. Merci beaucoup pour ce compte rendu passionnant, j'aurais bien-sûr aimé y être, je n'ai pas participé à un concert de Magma depuis 2011 tout en ayant fait le plein entre cette date et 1996 (vive les Paga!!!).
    Il faudrait faire taire cette rumeur concernant La-Dawotsin dé-fi-ni-ti-ve-ment, en effet il existe des démos de Tubullar bells datant de 1971, on pourrait donc retourner le plagiat vers Christian, ce qui serait idiot, d'ailleurs si on analyse techniquement et solfégiquement (oh le vilain mot que voilà) les deux morceaux il n'y a guère de plagiat.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour ce qui est de cette rumeur, voir certaines interviews d'il y a 15 à 20 ans. L'arroseur arrosé en quelque sorte ...

      Supprimer
  3. Ok on en parle plus et même CV également.. Concert magnifique

    RépondreSupprimer
  4. Et sinon, si on parle de l'album Kärthël, ne trouvez vous pas une ressemblance troublante de la pochette avec celle de l'abum de Miriodor "Elements", paru aussi en 2022 ? Allez voir là: https://www.discogs.com/master/2979817-Miriodor-Elements
    Par Kreuhn Khörmahn! après l'histoire de La Dawotsin, va-t-on encore parler de plagiat pour cette pochette ?

    RépondreSupprimer